Cette histoire vous parle ?Une bouteille à la dérive.

Un amour noyé dans les vagues de l’existence. J’ai quarante ans et j’ai tout perdu, mon mari, mes amies, mon job, ma maison, tout d’un coup. Bernard m’a quitté comme une chaussette sale, il m’a jetée comme un vulgaire mouchoir jetable.Il m’a laissée tomber après toutes ces années, on venait de fêter nos quinze ans de vie commune, de belles années, enfin je le pensais, je croyais qu’il était heureux.

Bon, il est vrai que ce n’était pas l’amour fou chaque jour mais ces petites pauses font partie de la vie d’un couple. Ce qui tue le couple c’est souvent la monotonie, pas facile de l’empêcher de s’installer dans vos meubles.On n’a pas eu l’occasion d’avoir des enfants, un planning trop chargé, une trop grande maison à construire, nos grandes carrières à mettre en place, toujours plein de grands projets en tête sauf celui de prendre le temps de faire un petit enfant.

On ne fait pas un enfant toute seule, il faut être deux pour lui donner toutes les chances de bien grandir. Un enfant se doit d’être aimé par ses deux parents.Faire un enfant pour consolider son couple, j’avoue y avoir réfléchi mais sans y donner suite. Est ce que j’aurais été une bonne mère, aurait-il fait un bon père attentionné ?En ce qui me concerne, la réponse est « je ne sais pas ou plutôt je ne sais plus ».

Aujourd’hui j’ai déjà du mal à traverser ma journée et je n’ai que moi à traîner, alors tu penses un enfant !Ces derniers temps, Il me traitait comme un objet, comme une de ses nombreuses bouteilles d’alcool, aussitôt vidées ils les jetaient à la poubelle pour pas que je puisse contrôler sa consommation d’alcool, comme si je n’’étais pas au courant.

J’étais moi aussi devenue comme une de ses bouteilles, aussitôt qu’il avait vidé son sac, il se détournait de moi et ne s’intéressait plus qu’à son ordinateur, sa divine bouteille et à toute son équipe sur Facebook qu’il retrouvait chaque soir en cachette.Il les appelait “ mon groupe, mes copicopains” ses potes du net surtout pas très nette, j’ai tout découvert par la suite, j’étais une femme trompée depuis longtemps.

C’est drôle, tout le monde savait sauf moi, comme quoi l’intéressée est toujours la dernière à savoir.Chaque soir en rentrant, (il ne mangeait même plus à la maison), il s’ouvrait une bouteille et allait s’enfermer dans son bureau, son refuge. Parfois je l’entendais rigoler, il ne riait plus jamais avec moi, cela faisait si longtemps qu’il m’avait fait rire ou alors j’ai oublié.J ’étais devenue une étrangère, on vivait ensemble, on dormait ensemble mais plus à deux, lui de son côté et moi là dans l’autre coin opposé, loin de lui, surtout loin de son coeur.

J’étais même éjectée de ses pensées. Hier pourtant je lui avais tendu la perche, je lui avais demandé de bien vouloir lire ma petite lettre, un message de désespoir que j’avais posté sur un site internet totalement anonyme ou l’on ne peut pas retrouver l’auteur de cet appel au secours.Certaines âmes en peine qui ont besoin de parler mais n’ont personne pour les écouter peuvent trouver là un espace vide de tout jugement.

Comme il passe son temps sur internet, je lui ai envoyé le lien pour qu’il y lise ma tristesse, mon mal d’amour, mon mal à moi, pour qu’il se rende compte combien je souffre. Après lecture, il est venu dans le salon, il m’a tendu la main, tout en pleurant j’ai déposé la mienne dans la sienne, c’est bête à dire mais cela faisait un bien fou. Sentir sa peau, sentir son sang couler dans ses veines, le battement de son coeur je pouvais à nouveau le ressentir en moi.Je sentais aussi qu’il ne savait pas quoi faire d’autre, il était coincé comme bloqué, ne voulant pas, ne pouvant pas donner plus à cette instant et idiote que j’ai été, j’ai respecté cela, je n’ai rien dit, comme d’habitude je l’ai fermée.

Si c’était à refaire, j’aurais fait un scandale, j’aurais crié !Il ne ne trouva pas non plus les mots quand il m’a vue pleurer. J’essayais de lui expliquer que j’avais besoin de comprendre. Pourquoi cette distance entre nous, pourquoi ce vide, pourquoi ce silence, quelle faute avais-je commise ?

Il n’a rien dit de plus, il a lâché ma main et a disparu pour le reste de la soirée dans son refuge, dans sa tanière de loup où il chasse la nuit sa prochaine proie qui aura la faveur de le rencontrer en journée pour aller lui faire l’amour dans un petit hôtel minable. Ici la nuit, il la passe seul très souvent recroquevillé sur son canapé.Au matin, à mon réveil il était déjà parti, Il avait déposé sur la table de la cuisine, un mot me demandant d’avoir de la patience et de laisser faire le temps.

Je lui en étais très reconnaissante, pour moi le soleil brillait à nouveau un peu. Enfin un petit rayon venait de percer le gros nuage, un petit espoir de pouvoir réchauffer un peu mon coeur avec ses quelques lignes écrites à la va vite. C’est fou comme quelques mots peuvent avoir autant de force pour vous remonter le moral. Je pouvais à nouveau respirer un peu mieux, je pouvais à nouveau rêver un peu, enfin mon coeur se remettait à battre de plus en plus fort.

J’avais à nouveau envie de lui, envie de lui pardonner ses écarts de jambes en l’air.Ce soir, Il a même regagné le lit conjugal, enfin lui était couché sous les draps et moi dans une grosse couette par dessus, bien enveloppé au chaud. Pourtant j’ai froid dans tout mon être, je me réfugie en position du foetus, histoire de me retrouver en sécurité et j’ai encore pleuré en silence mais cette fois sans larmes.

Pleurer sans faire de bruit, je ne voulais surtout pas le réveiller, j’ai même huilé les charnières de la porte de la chambre, juste histoire de mettre toutes les chances de mon côté, surtout ne pas le déranger, surtout ne pas le faire fuir de notre refuge d’amour, enfin de ce qu’il en restait.Je n’arrivais pas à trouver le sommeil, j’ai été faire un tour dans le quartier, il était deux heures du matin, j’étais en larmes, impossible d’arrêter de pleurer, vais-je sombrer dans une déprime ?

Je ne crois pas que je pourrais encore le supporter longtemps. Ne plus être regardée est cruelle, c’est comme si on n’existait plus pour la personne aimée.La nuit par contre, moi je l’ai regardé dormir, je l’ai écouté respirer, je voulais encore faire partie de ses rêves. Ô un tout petit rôle de figurante dans un de ces rêves érotiques m’irait, pas besoin d’être la tête d’affiche de son histoire d’amour ou de cul et tant pis si au matin il ne se souvienne pas de moi. Au moins j’aurais eu mon petit moment à moi, mon quart d’heure de gloire, rien qu’à moi que personne ne pourra plus jamais me voler. »

Si j’étais Dieu, il est certain que je ferais tout pour illuminer ses rêves par la présence de ma petite personne insignifiante. Mourir ce n’est rien, vieillir dans le regard de l’autre est insupportable, voir qu’il me regarde mais ne me voit plus est atroce.Aux grimaces que me renvoie le miroir je peux faire face mais non à ces images de pitié et de mépris que je vois dans les yeux de mon bien aimé.Je ne sais pas de quoi sont faits ses rêves, je continue malgré tout à pleurer quand je pense à lui, quand je pense à nous, au vide de notre vie c’est plus fort que moi, les larmes me montent, je voudrais disparaître avec cette bouteille.

Il m’a demandé de le respecter et de garder au maximum le silence entre nous en journée. Plus de petits messages perturbants sur son portable afin de ne pas déranger son rythme de travail. Fini de l’ennuyer pour un oui ou pour un non comme le font tous les amoureux. C’est dur, très dur, car je ne me sens pas bien du tout, mon coeur fait très mal, mon ventre se déchire, non pas d’une douleur physique mais je me ronge les sangs, je broie du noir, je suis triste, c’est inexplicable. Je pense que mourir serait la seule solution viable à long terme.

Oui c’est ça la solution, je veux mourir, j’ai mal à en vomir.Amour de ma vie, comme on ne sait jamais de quoi est fait demain, voici le mot de passe pour l’application bancaire sur mon portable 732675. Comme tu sais il n’y a pas de fortune, juste de quoi payer les quelques factures durant les quelques mois à venir, heureusement, c’est toi qui gardais tout l’argent.

Rassure-toi, il n’y a pas de chantage, pas d’urgence, pas de menace, ce n’est qu’en cas d’accident, car je viens de me rendre compte que si quelque chose se passait, tu étais bloqué, tu n’y avais pas accès et je n’ai pas fait de testament, on ne pense pas à la mort à quarante ans.Le code pin de ma carte bancaire est la date d’anniversaire de notre rencontre, tu t’en souviens encore au moins ?

Je passe ma journée à scruter l’écran de mon portable afin de voir si j’ai un message ou un email de lui. On ne sait jamais si lui aussi il aurait envie de me dire quelque chose. Je ne sais pas, je ne sais plus, un «Bon Appétit ou un courage, ou bisous », mais rien ne se passe, voilà que les larmes montent à nouveau, elles coulent. C’est lamentable d’être aussi molle du coeur, aussi romantique à mon âge, je ne suis qu’une huître dans sa coquille creuse. J’ai honte de ce que je suis devenue !

« Et si j’étais trop vieille à ses yeux, plus assez fraîche ni appétissante à son goût ?Et si c’était vraiment ça la vraie cause de son éloignement et non mes éternels états d’âmes ? » J’avoue ne pas vouloir connaître la réponse ou si, quand même, non, après tout mieux vaut ne pas savoir, c’est dur très dur, je vais abandonner.Je regarde mes seins, je les palpe et je les trouve encore ferme pour mon âge. J’avoue ne plus savoir à quel saint me vouer, je prie Dieu depuis des semaines.

Appelez-le Dieu ou le hasard qui me l’a bien rendu jusqu’à présent. Ils m’aident sans le savoir à me garder debout, le corps encore intacte mais non l’esprit qui lui sombre petit à petit dans un désespoir plus noir que le fond de cet océan dans lequel je m’enfonce un peu plus loin pour me rapprocher toujours un peu plus de lui .

J’ai pris des cachets, le temps de les laisser fondre sur la langue, je me languie de ses baisers et de ses caresses, quant à moi, je n’ai plus beaucoup de force pour croquer dans la vie.Bernard a fini par me quitter, le salaud !Pour une jeunette de trente ans, une petite pétasse blonde devant laquelle il fait le fier, il rentre son ventre, il fait le beau. Salaud, salaud…

Matin et soir je montais dans ma voiture et je roulais pour me rendre au bureau mais là je viens de perdre mon boulot, trop d’absences non justifiées, restriction de personnel, j’étais la dernière arrivée et la première à me faire virer. Et maintenant, que vais-je faire de tout mon temps, pleurer ou en finir ?

C’est dur, très dur de se sentir exclue de son coeur, exclue de sa vie et de ses pensées les plus secrètes même les plus torrides pendant ses séances de masturbation. Son corps, son sexe me manque autant que son coeur. Tel un poisson rouge qui tourne en rond sans faim, sans plus soif de vivre, c’est ainsi que je me sens aujourd’hui. Je continue à espérer, mais l’espoir ne fait pas vivre, l’espoir tue !

Je m’accroche à cet espoir fou, je bois des cafés, je suis énervée et j’ai des noeuds dans le ventre, ça fait mal. Parfois j’ai tendance à glisser plus bas que terre comme en ce moment où j’oublie ma douleur pour quelques temps
.Parfois sur le mobile, je reçois une notification de nouveau courrier. A chaque fois mon coeur s’emballe, tourne à plein régime et je pense que c’est lui mais non…« Fausse alerte mon coeur, ralentis ton rythme cardiaque ce n’est pas lui qui nous fait un petit coucou, c’est juste ma mère. »

J’ai à nouveau quinze ans. Je suis cette adolescente qui ne respire plus tellement elle souffre comme à son premier chagrin d’amour. Je suis cette gamine déchirée qui ne sait pas s’il l’aime encore ou pas, est ce qu’il reviendra un jour ?Je sais, j’ai beau essayer de me dire que pour lui cela ne doit pas être facile non plus. Une rupture n’est jamais facile, même pour le salaud qui plaque tout pour une petite pute. Pauvre con je t’en foutrai moi des  » patiente un peu, laisse moi du temps pour me retrouver…”

« Qui sait qu’il ne regrettera pas son erreur d’ici peu de temps ? »
(Mais ma pauvre fille, il ne reviendra plus ton mec.)
Arrête, tais-toi mauvaise conscience.. il me reviendra, enfin je l’espère, car…Je continue à espérer dans ma bonne étoile, je continue de prier Dieu, je veux y croire, encore et toujours.

Bernard, mille pardon d’être devenu ce torchon qui se traine par terre pour ramasser tout ce que tu laisses tomber. Aujourd’hui je suis même prête de me contenter de quelques miettes d’amour.Au dernier matin de notre vie commune, prenant l’excuse de t’apporter un café dans ton bureau, je t’ai vu durant vingt secondes.

C’était juste assez pour faire le plein de toi et juste assez pour me rendre compte que je ne savais plus comment réagir. J’avais tellement peur de te décevoir encore et encore, peur que tu sois irrité à ma vue.Ce midi là je suis sorti de la chambre pour chauffer mon plat et je me demandais si le hasard voudrait que l’on se rencontre dans la cuisine, mais non on ne s’est pas vu, finalement j’ai mangé que très peu, car trop barbouillée.

Désolé mon amour d’être devenu ce poisson rouge qui s’étouffe dans son bocal, je tourne, je tourne, je tourne à ta recherche mais je ne te vois pas derrière ce verre opaque. Je ne vois plus rien, tout est devenu flou.

Voilà les médicaments ont fait effet, j’ai fini l’écriture de ma complainte d’amour que j’ai déposée dans la bouteille que tu tiens en main. Quant à moi j’avance doucement dans les vagues, j’ai froid.

Je m’enfonce dans l’eau, la bouteille accrochée à mon cou pour qu’un jour prochain quelqu’un la trouve et te la fasse parvenir.

Si tu viens de la lire, c’est que l’on a retrouvé mon corps, mon esprit est depuis longtemps ailleurs et mon coeur lui est toujours resté auprès de toi

Adieu…
Ta femme Océane

Publié par

Armand Henderyckx

Armand Henderyckx est né en 1958 à Bruxelles, ce qui fait de lui un jeune retraité.

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