A lire avec le coeur…

Le carnet secret de Jeanne.

Cette histoire se passe quelque part en Bretagne, dans un EHPAD comme les autres mais cela aurait très bien pu se passer près de chez vous.

C’est l’infirmière de nuit alertée par la trop forte musique de la publicité qui avait fait la triste découverte de son enveloppe physique tombée par terre, le visage et les yeux grands ouverts, fixants la télévision comme si elle n’avait rien voulu rater jusqu’à la dernière seconde.

Jeanne n’était plus, ses enfants aussitôt avertis ont fait le nécéssaire pour qu’elle soit incinérée le plus rapidement possible.

Aux funérailles de Jeanne, il n’y avait que Josy sa coiffeuse , Claudine sa kinésithérapeute, Marcelle l’aide-soignante et Mr Durieux le Directeur. Personne d’autre n’était au rendez-vous, même pas la famille pour faire une dernier adieu à  » la vieille dame à la fenêtre « .

Quelques jours après, en faisant le tri dans ses affaires, la direction fit une découverte assez peu commune. Très vite elle a fait suivre au fils et à la fille les deux carnets trouvés dans sa table de nuit, ils étaient identiques à la virgule près, un souvenir étrange pour chacun, ainsi pas de jaloux.

Jeanne y avait consigné toutes ses pensées, ses réflexions, ses regrets et ses espoirs mais surtout avait souligné ce petit texte….

Mes enfants, quand vous lirez ces lignes je ne serai plus de ce monde. Rassurez-vous, je n’ai pas souffert, toute ma vie j’ai eu beaucoup de chance, votre père et moi avons été très heureux.

Mes seuls peines dans cette vie je vous les dois, jamais depuis que votre père nous a quitté, vous n’avez éprouvé le moindre geste affectueux et réconfortant envers moi. J’ai passé des moments douloureux, seule dans ma grande maison en Bretagne et jamais vous n’ êtes venus me voir, non jamais.

J’ai reçu plus d’affections de Josy et Claudine que de vous, comme quoi quand on devient vieille, on vit hors saison pour ses propres enfants, vous qui n’avez cessé d’espérer que je traverse le plus rapidement possible mon dernier été, nous y voilà, alors soulagés ?

Mes enfants adorés, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer , je suis certaine que vous allez me maudire. Qu’à cela ne tienne, plus rien ne peut me toucher.

On dit toujours que l’argent ne fait pas le bonheur, ne pas en voir non plus, mais l’argent non mérité certainement pas. C’est pour cette raison que j’ai tout laissé à une association qui vient en aide aux animaux abandonnés, un peu comme moi je l’ai été par vous.

Je ne me fais plus de soucis pour vous, car pour vous j’étais déjà comme morte depuis très longtemps et donc vous ne pleurerez pas ma brutale disparition, votre père non plus vous ne l’avez jamais pleuré.

Je ne vous en veux pas, souvent j’ai eu l’espoir d’un retour, j’ai passé des années devant ma fenêtre espérant toujours vous voir arriver en me criant, « Coucou maman comment tu vas aujourd’hui ? » 
Mais vous n’étiez pas des enfants de ce genre, non !

Souvent quand le téléphone sonnait dans le bureau des infirmières, un petit pincement au coeur, un petit espoir que ce soit vous, je tendais l’oreille mais non, pourquoi étais-je si bête ? 

 » L’ espoir ne fait pas vivre, l’espoir tue en silence  » 
Ce silence lourd que vous avez laissé s’installer entre nous.

Quand on est vieux on survit tous quelque part, parfois seul mais toujours hors saison. Au jardin de sa vieillesse on ne ramasse plus les feuilles mortes, non car on vit pour toujours en hiver.

Les amours nous ont quitté pour un ailleurs, les histoires d’amour vieillissent mal, c’est écrit sur les arbres de la vie. Quand on est deux on a un peu plus de chance de pouvoir s’accrocher à la vie et parfois aussi à l’autre, juste histoire de ne pas tomber plus bas que terre.

Mais quand on est vieux, on est déjà à terre, 
on ne fait plus que ramper d’une pièce à l’autre,
on n’ose plus prendre de bain car on a peur de se noyer,
ou alors on a oublié de se laver et on sent mauvais.

Mais quand on est vieux, on devient invisible, 
plus personne n’a du temps à nous consacrer, 
les activités des petits-enfants prennent tout leur temps,
nos enfants n’ont plus une minute à nous consacrer,
et dire que nous on a passé nos nuits à les veiller .

Etre vieux c’est ne plus exister pour personne, 
plus personne n’est là pour nous tenir la main,
plus personne ne nous regarde,
plus personne ….

pour nous coiffer, 
pour nous rendre jolie,
pour nous câliner,
pour nous sourire,
pour pleurer avec nous,
pour se souvenir avec nous….

PLUS PERSONNE POUR NOUS ÉCOUTER

Quand on est vieux on chante toujours seul les mêmes refrains,
quand on est vieux on rabâche toujours les mêmes histoires, 
peut-être, mais on le fait aussi pour que jamais vous n’oubliiez qu’en vieillissant, un jour vous aussi vous aurez vos propres histoires à raconter, toujours et toujours les mêmes.

Etre vieux ce n’est pas perdre la mémoire, non…
nos souvenirs s’envolent comme ces feuilles mortes 
et il n’y plus personne pour nous les ramasser.
Il ne nous reste plus qu’à les regarder s’éloigner au loin.

Quand on vieillit on n’a plus personne à qui parler,
alors on se met à parler à Dieu, on prie, certains ont honte et se cachent les yeux, les autres se montrent au grand jour,
mais qu’importe, car…quand on prie c’est avant tout un voyage lumineux dans l’obscurité de son coeur.

 » Prier c’est parler à Dieu avec son coeur, on ne peut lui mentir « 

Je vous aime, Adieu.

Votre maman… Jeanne la petite vieille à sa fenêtre.

On n’ose imaginer un seul instant être le fils et la fille qui ont lu ces lignes tirées d’une vie triste et solitaire.

La prochaine fois quand vous croiserez une petite vieille, 
un petit vieux, ne râlez pas mais arrêtez-vous,
faites leur un sourire et vous verrez la lumière apparaitre dans leurs yeux, ils se sentiront à nouveau en vie.

N’oubliez jamais qu’un jour ce sera peut-être vous qui …..
attendrez assis dans le noir devant la fenêtre, les mains posées sur le radiateur pour pas qu’elles tremblent.

Aujourd’hui avec ces masques, on ne voit plus que les yeux des petits vieux mais en faisant très attention on pourra quand même y découvrir le reflet de leur tristesse, tristesse qui sera peut-être un jour aussi la nôtre…

Chuuuuttt, écoutez le silence

, vous l’entendez ? 
Il vous murmure « Je t’attends à bientôt « 

Soyez heureux maintenant, pas quand vous êtes vieux, ce sera trop tard.

Armand

Publié par

Armand Henderyckx

Armand Henderyckx est né en 1958 à Bruxelles, ce qui fait de lui un jeune retraité.

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